LE QUÉBEC QUE J’AIME N’A PAS À S’EXCUSER D’EXISTER
J’aime le Québec pour une raison qui dépasse largement ses paysages, ses érables et ses
hivers interminables : il est une exception française en Amérique. Une petite nation de langue
française qui refuse de disparaître dans l’immense océan anglophone qui l’entoure.
C’est précisément pour cela que je regarde avec attention ce qui s’y passe. Je souhaite que la
laïcité s’enracine définitivement au Québec. Pas une laïcité honteuse, tremblante, qui s’excuse
au premier froncement de sourcil. Une laïcité qui protège la liberté de conscience, qui
maintient la religion à sa juste place et qui refuse que l’espace public devienne le théâtre des
revendications communautaires.
Les provocations répétées de certains ne doivent rien changer à cette exigence. Au contraire.
Plus on tente de faire reculer la laïcité, plus il faut la défendre.
Je souhaite aussi que le français demeure la grande maison commune du Québec. Une langue
n’est pas seulement un outil de communication. Elle est une mémoire, une littérature, une
manière de regarder le monde. Et lorsqu’une langue minoritaire en Amérique commence à
s’effacer, ce n’est pas une querelle administrative qui se joue. C’est une civilisation qui
cherche à survivre. Le Québec n’a pas à devenir une province francophone parmi d’autres. Il
peut devenir un pays francophone.
C’est pourquoi je souhaite voir le Parti Québécois remporter les prochaines élections. Non par
fascination partisane, ni parce que je crois qu’un parti politique détient à lui seul toutes les
réponses, mais parce que je voudrais voir renaître au Québec une ambition que la politique a
trop souvent enterrée sous les compromis : celle de devenir pleinement maître de son destin.
La souveraineté n’est pas pour moi un rejet du Canada. C’est le désir d’aller au bout d’une
histoire. Un peuple qui possède une langue, une culture, une mémoire, des institutions, une
littérature et une volonté politique peut légitimement se demander pourquoi il devrait
éternellement demander la permission d’être lui-même.
J’aimerais voir le Québec franchir cette dernière porte.
J’aimerais qu’un jour, à Montréal, à Québec, à Saguenay ou dans les villages du Saint-
Laurent, on puisse dire simplement : nous sommes un pays.
Un pays français en Amérique.
Un pays laïque.
Un pays libre. Et surtout, un pays qui n’aura plus besoin de demander à personne le droit
d’exister.
Kamel Bencheikh
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