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LE RÊVE QUÉBÉCOIS NE MEURT JAMAIS 

28 septembre 2026

LE RÊVE QUÉBÉCOIS NE MEURT JAMAIS

Depuis que je viens à Montréal, le Québec me reconnait.

Je ne suis pas né ici. Je viens d’une autre rive, d’une autre histoire, d’un autre bout du monde. Pourtant, chaque fois que je retrouve Montréal, que je marche sur le Plateau, que je regarde le Saint-Laurent emporter sa lumière vers l’horizon, j’éprouve cette sensation étrange et magnifique d’être un peu chez moi.

Peut-être parce qu’ici, le français n’est pas seulement une langue. Il est une résistance. Une mémoire. Une promesse. Une façon de dire au continent anglophone immense qui l’entoure : je ne disparaîtrai pas.

Et dans cette promesse, il y a un homme dont la voix continue de résonner longtemps après que le silence s’est refermé sur lui ― René Lévesque.

Il est parti trop tôt mais certains hommes ne quittent jamais vraiment les peuples auxquels ils ont consacré leur vie. Ils deviennent une voix intérieure. Une lumière dans la nuit. Une silhouette que l’on aperçoit encore, longtemps après qu’elle a disparu de l’horizon.

René Lévesque avait compris que l’indépendance n’était pas d’abord une affaire de drapeaux. Elle était une affaire d’âme. Elle était le droit, pour un peuple, de se regarder dans le miroir et de pouvoir dire : nous choisirons nous-mêmes ce que nous voulons devenir.

Il appelait cela une indépendance tranquille. Quelle magnifique expression ! Parce que le Québec n’a jamais eu besoin de crier pour exister. Il existe parce qu’il parle. Parce qu’il écrit. Parce qu’il chante. Parce qu’il aime. Parce qu’il transmet à ses enfants cette langue française qui, sur ce continent immense, ressemble parfois à une petite flamme dans la nuit. Une flamme que personne n’a réussi à éteindre.

Je pense souvent à ceux qui ont porté ce rêve avant lui.

Je pense à René Lévesque.

À sa voix. À son courage.

À cette façon qu’il avait de croire qu’un peuple pouvait prendre son destin dans ses mains sans haine, sans violence, sans mépris pour les autres.

Simplement parce qu’il avait le droit de vouloir être lui-même.

C’est peut-être cela qui me touche le plus dans le Québec. Il ne demande pas au monde de l’aimer. Il demande seulement qu’on le laisse être.

Et je voudrais tant que ce rêve demeure vivant.

Pour les enfants du Québec.

Pour ceux qui écriront les livres de demain.

Pour ceux qui chanteront encore en français lorsque nous ne serons plus là.

Pour ceux qui regarderont le Saint-Laurent dans cinquante ans et qui se demanderont ce qu’ils auront fait de cet héritage magnifique.

Le 5 octobre, les Québécoises et les Québécois entreront dans l’isoloir.

Je ne sais pas ce que le Québec décidera.

Mais je sais ce que je lui souhaite.

Je lui souhaite de ne jamais avoir peur de son propre rêve.

De ne jamais s’excuser d’être français.

De ne jamais considérer sa singularité comme une faute.

De ne jamais laisser mourir cette idée simple et vertigineuse qu’un peuple peut vouloir écrire lui-même la suite de son histoire.

Alors, cher René, si quelque part les morts peuvent encore entendre les vivants, écoute-nous.

Ton Québec est toujours là !

Le fleuve coule toujours.

Montréal s’éveille toujours.

Les érables rougissent toujours à l’automne.

Et ta vieille idée, celle que tu portais avec cette obstination tranquille, n’a pas disparu.

Elle sommeille peut-être parfois.

Elle doute.

Elle attend. Mais elle respire encore.

Parce qu’un rêve qui a été confié à tout un peuple ne meurt jamais tout à fait.

Il passe d’une génération à l’autre. Comme une flamme. Comme une chanson. Comme un mot que l’on se transmet à voix basse pour être certain qu’il ne se perde pas.

LIBERTÉ !

Et peut-être qu’un jour, au bord du Saint-Laurent, sous un ciel immense, le Québec se souviendra de René Lévesque et comprendra enfin que son plus beau rêve n’était pas de devenir autre chose qu’un bel oiseau qui s’envole pour chanter sa plus belle chanson.

C’était simplement de devenir pleinement lui-même.

Alors le vieux rêve de René Lévesque se lèvera.

Tranquillement.

Sans bruit.

Et il regardera le monde.

Debout.

 

Kamel Bencheikh

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