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Le Québec refuse de devenir un souvenir 

14 octobre 2026

Le Québec refuse de devenir un souvenir

J’ai appris la victoire du Parti québécois depuis Paris.
Pourtant, immédiatement, j’ai pensé à Montréal. À ses rues, à ses terrasses, au français qui
surgit au détour d’une conversation, à cette façon qu’ont les Québécois de parler de leur pays
comme s’il existait déjà dans leur tête, même lorsqu’il n’existe pas encore sur une carte.
Le 5 octobre, quelque chose s’est déplacé. Le Parti québécois revient au pouvoir après douze
années d’absence. Paul St-Pierre Plamondon devient premier ministre avec 59 députés. Mais
derrière le résultat électoral, je vois surtout une vieille question qui refuse obstinément de
mourir. Qui décide de l’avenir du Québec ? C’est peut-être cela, le véritable événement.
On avait rangé la souveraineté dans les cartons de l’histoire. On avait décrété que le Québec
devait désormais se contenter de défendre ses intérêts à l’intérieur du Canada. On avait
remplacé les grands rêves par la gestion quotidienne. Et puis les Québécois ont rouvert la
porte. Pas pour annoncer qu’ils partaient demain matin. Pour rappeler qu’ils n’avaient jamais
renoncé à choisir eux-mêmes leur destin. C’est très différent. Je crois même que c’est plus
important. Car une nation ne meurt pas lorsqu’elle renonce à une bataille. Elle commence à
mourir lorsqu’elle ne désire plus rien. Or le Québec désire encore. Il désire sa langue, sa
culture, son espace, sa différence. Il désire surtout ne pas devenir une simple province parmi
d’autres dans un immense pays dont le centre de gravité lui échappe. C’est cette volonté qui
me touche.
Je suis né ailleurs. J’ai choisi la France. Mais j’ai toujours eu une tendresse particulière pour
les peuples qui refusent de laisser leur identité se dissoudre dans le confort du renoncement.
Le Québec en fait partie. Il me rappelle qu’une langue peut être une patrie sans être une
frontière. Qu’on peut accueillir le monde sans lui abandonner sa maison ni ses valeurs. Qu’un
peuple peut regarder très loin sans cesser de savoir d’où il vient.
Maintenant, le plus difficile commence pour Paul St-Pierre Plamondon. Gagner une élection,
c’est une chose. Donner envie à un peuple de franchir une frontière historique, c’en est une
autre. Il faudra des actes, des idées, une vision. Il faudra surtout convaincre ceux qui aiment le
Québec mais ne sont pas encore prêts à le voir devenir un pays. Le référendum viendra peut-
être. Mais avant le référendum, il y aura une bataille beaucoup plus intime : celle des
imaginaires.
Il faudra faire naître chez les Québécois non seulement la conviction qu’ils peuvent être
souverains, mais le désir de le devenir. C’est là que se jouera la vraie partie.
Je pense évidemment à René Lévesque, à Jacques Parizeau. Et je pense à de Gaulle. « Vive le
Québec libre ! » En 1967, la phrase avait traversé l’Atlantique comme une étincelle. En 2026,
elle n’est toujours pas devenue une réalité. Mais elle n’est pas devenue un souvenir non plus.
C’est peut-être cela que le Québec vient de nous rappeler.

Certains rêves ont besoin de plusieurs générations pour mourir. Et parfois, ils font mieux
encore. Ils attendent.

Kamel Bencheikh

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