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MONTRÉAL, MON QUÉBEC 

19 octobre 2026

MONTRÉAL, MON QUÉBEC

Il y a des pays où l’on naît. Et puis il y a ceux que l’on adopte lentement, par les visages, les
conversations, les rues parcourues à pied et les souvenirs qui finissent par vous appartenir. Le
Québec est devenu pour moi l’un de ces pays-là.
Chaque printemps, Montréal m’attend avec mes amis. Lucie, Mandana, Nadia, Bruno,
Denyse, Salah et tant d’autres qui m’ouvrent leur porte, leur table et leur cœur avec cette
générosité québécoise que je n’ai jamais oubliée. Il y a les conférences que je donne ici et là,
les salles où l’on parle de liberté, de langue, de laïcité, d’identité, de cette étrange fragilité des
peuples qui savent qu’ils peuvent disparaître sans même entendre le bruit de leur propre
effacement.
Et puis il y a les heures volées au discours. Une promenade au parc La Fontaine. Une marche
sur le Plateau. Les rues du Mont-Royal. Montréal qui se découvre au détour d’une façade,
d’un café, d’un accent, d’un rire, de ces célèbres escaliers extérieurs. Et, évidemment, la
viande fumée que je déguste avec une fidélité qui ne doit rien à la politique. Je plaisante, mais
à peine. Parce qu’un peuple existe aussi dans ces choses minuscules : une façon de parler, une
chanson, une table, une rue, une mémoire, un repas partagé. C’est avec cela que l’on fabrique
une patrie.
Voilà pourquoi je regarde avec une certaine inquiétude ceux qui voudraient transformer le
Québec en territoire interchangeable, soumis aux mêmes modes, aux mêmes renoncements et
aux mêmes intimidations que partout ailleurs. Le Québec mérite mieux. Il mérite de demeurer
profondément québécois. Je souhaite que la laïcité y soit définitivement installée, sans
trembler devant les provocations de ceux qui voudraient réintroduire la religion dans l’espace
public comme une exigence politique.
Une société libre doit pouvoir dire : ici, la conscience appartient à chacun, et l’État
n’appartient à aucune religion. Je souhaite que le français demeure la colonne vertébrale de
cette société. Parce que le Québec est une improbable merveille historique : une nation
française qui a réussi à survivre au milieu d’un continent anglophone. Elle n’a pas besoin de
s’excuser de cette singularité. Elle doit la protéger. Et je souhaite voir le Parti québécois
l’emporter aux prochaines élections. Parce que j’aimerais que le Québec retrouve l’audace de

poser la question que tant de peuples ont un jour posée avant lui : pourquoi rester
éternellement une province lorsqu’on peut devenir un pays ?
Je rêve d’un Québec souverain, francophone et laïque.
Un Québec qui ne tournerait pas le dos au monde, mais qui y entrerait debout.
Un Québec qui ne demanderait plus la permission de préserver sa langue, sa culture et sa
liberté de conscience.
Un Québec qui regarderait l’Amérique anglophone autour de lui avec sérénité, sans hostilité,
mais avec cette tranquille détermination de celui qui sait enfin qui il est.
Mes amis québécois m’ont offert beaucoup plus que leur hospitalité. Ils m’ont offert une part
de leur pays. Alors, lorsque je repars de Montréal, il me reste toujours quelque chose dans la
tête : leurs voix, leurs rires, les rues du Plateau, le parc La Fontaine, ces marches le long de la
rue Sainte-Catherine, le goût de la viande fumée et cette lumière particulière qui descend sur
la ville au printemps.
Et je me dis que les peuples auxquels on tient finissent toujours par devenir une affaire intime.
Je voudrais simplement que le Québec ait un jour la liberté de devenir officiellement ce qu’il
est déjà dans mon cœur : un pays libre.

Kamel Bencheikh

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